La pierre sèche.

La technique de la maçonnerie à sec est employée pour la confection des murs extérieurs (clôture, démarcation, soutènement, tas épierrement…) et des murs d’habitations rurales saisonnières ou temporaires depuis la préhistoire.

La construction de cabanes en pierres sèches réalisées sans liant s’est perpétuée dans toutes les régions de collines et de plateaux au sol pauvre, où il suffit à l'homme de se baisser pour ramasser des quantités considérables de pierres, jusqu’au début du XXème siècle. Elles ont  été construites par des bergers, des vignerons, des cultivateurs d’oliviers.

 

Ces cabanes ont eu, au fil des siècles, de multiples usages : abris pour les hommes ou les animaux, réserves permettant d'entreposer du matériel agricole ou des provisions, mais aussi postes de guet, puits ou citernes.

 

Dans le département du Gard les cabanes en pierres sèches ont été nommées CAPITELLE. La capitelle, est une sorte de hutte, une  maisonnette de vigne non habitée en permanence, où l'on renferme les outils, et où l'on peut se mettre à l'abri d'un orage.

Pour beaucoup d’historiens, ce terme désigne une cabane de vigne édifiée par un membre du petit peuple des villes gardoises, sur  une parcelle conquise dans  la garrigue péri-urbaine, entre le 17ème et 19ème siècle. La  capitelle était destinée à un usage temporaire ou saisonnier avec un investissement aussi réduit que possible.

 

Ces constructions apparaissent dans toutes les couches modestes de la population : vignerons, manouvriers-défricheurs, éleveurs et bergers, chasseurs et braconniers, cantonniers, ouvriers bâtisseurs.

Dans le Gard, nombre de capitelles de  Nîmes, Sommières, Uzès, Marguerittes furent  édifiées par des ouvriers des ateliers de textile de ces communes, dès lors qu’ils purent accéder à la propriété de quelques arpents de terre.

Au cours du XIXème siècle, la garrigue fut littéralement prise d’assaut par ces ouvriers qui recherchaient un complément pour améliorer leur ordinaire.

Après avoir défriché et épierré la parcelle acquise avec ses modestes économies, l’ouvrier clôturait, plantait de la vigne des oliviers, des amandiers voire des arbres fruitiers.

 

Le terme  « capitelle » est la francisation de l’occitan  « capitèlo », désignation que l’on pourrait  rapprocher du français « chapiteau », pris dans le sens de couverture mobile de moulin à vent ou de grande tente de cirque, ou encore du forézien « chapitella », désignant une étable, une cabane, un hangar.  Ce terme pourrait être  dérivé du latin « Caput » - la tête; ou bien parce que la capitelle est  terminée en cône a la forme d'un chapeau, ou parce que la capitelle est en quelque sorte le chef-lieu de la vigne. Peut-être aussi faut-il chercher sa dérivation dans l'italien Capitelle, chapiteau, parce que la capitelle  n'était souvent qu'un appentis, un petit toit, une sorte de chapiteau sous lequel on pouvait se mettre à l'abri.

 

Aujourd'hui, le mot « capitelle » tend à dépasser les strictes frontières du département du Gard et son emploi se généralise dans la littérature touristique pour désigner la même construction en d'autres départements du Languedoc : Ardèche, Hérault, Aude.

 

Construite sur le terrain  ingrat de la garrigue, aux époques de grands défrichements entre le 17ème et 19ème siècle, elle emploie comme matériau de construction ce que livrent le défonçage et l'épierrement du champ. Il s'agit de calcaire en région nîmoise.

 

Les pierres extraites et ramassées pour rendre le lieu propre à la culture (vigne, oliviers, etc.) ou à l'élevage, sont entassées aux abords du terrain en monticules désignés sous le terme de « clapas » en occitan. Certaines pierres sont sélectionnées et mises à part en vue de l'édification de murets de clôture, de terrasses, ou d'abris.

 

 

Certaines pierres destinées à la construction de la cabane ne sont pas laissées à l'état brut : elles peuvent être dégrossies dans un but fonctionnel ou esthétique, mais il ne s'agit pas d'une véritable maçonnerie de pierres taillées.

Sur un sol généralement décaissé  pour bien asseoir l'édifice sur le rocher ou la terre compacte, les murs sont montés en assemblant les pierres sans aucun mortier. Les pierres les plus volumineuses seront positionnées à la base de l’édifice. Ensuite une voûte (qui peut parfois commencer dès le sol) est montée pour couvrir le tout.

 

Différentes techniques très précises et abouties entrent en jeu :

  • Les pierres sont empilées en «  plein-sur-joint » afin d'éviter qu'une fissure n'ouvre le mur et d'assurer la cohésion du tout.
  • Pour renforcer cette cohésion, des pierres sont placées qui traversent toute l'épaisseur du mur.
  • La solidité et une certaine étanchéité de la construction sont également assurées par la pose de cales, plus fines, entre les grosses pierres.
  • L'entrée de la cabane est surmontée par une ou plusieurs grosses dalles horizontales formant linteau. Celui-ci est parfois lui-même chapeauté par un arc de décharge qui le soulage d'une partie du poids venant d'en haut.

La voûte est montée selon la technique de l'encorbellement : chaque dalle (ou « lausa » en occitan) déborde de la précédente vers l'intérieur et est retenue à l'extérieur par le contrepoids formé notamment par une couverture de dalles choisies.

 

La cabane de pierre sèche offre peu de confort mais peut  recevoir quelques aménagements : quelques rares et étroites fenêtres,  des niches intérieures, une banquette de pierre sèche accolée au mur ou solidaire de celui-ci.

 

Les capitelles recensées à Milhaud sont toujours encadrées par un ou deux « clapas ».

 

La capitelle est assez souvent accompagnée d'autres constructions liées à l'activité du propriétaire : cuve (tine en français local) en pierre sèche, aménagée dans le sol ou solidaire de l'abri pour entreposer provisoirement la vendange ou la récolte d'olives, enclos, terrasse, puits, siège (dont les prétendus « fauteuils de berger » abrités du vent dominant), four à chaux, ou encore trace brûlée d'une ancienne charbonnière.

 

Quelques termes techniques.

 

Pierres  essuytes est un synonyme en vieux français rencontré dans des actes notariés nîmois du XVIIème siècle. ESSUYTE tire sa racine du latin EXSUCTUS  qui signifie  desséché en français.

L’épierrement est l’opération consistant à débarrasser les terres agricoles des pierres qui gênent.

Cette opération se fait soit lors du défrichement d’une nouvelle parcelle, soit lors des travaux de mise en culture.

L’épierrement ne livrera des quantités importantes de pierres que dans la durée.

La destination première de cette opération est la réfection et le rehaussement des murs d’enclos.

Désignation des aménagements lithiques.

Les aménagements lithiques désignent les murs de séparation de parcelles, les murs de soutènement de terrasses, les enclos et autres dispositifs en pierres sèches liés à l’exploitation des terroirs.

CASAL : tas d’épierrement dans le Lodévois  (Hérault).

CASSIER : amas de pierre sèche parementée servant de repère en altitude ou de limite de pacage aux confins des alpes de Hautes Provence, du Vaucluse e et de la Drome.

CLAPAS : tas d’épierrement parementé ou pierrier sur les causses de Blandas et de Campestre (Gard).

CLAPIER : tas d’épierrement parementé ou pierrier en Provence.

MURAILLE : en pierre sèche : désignation des murs de soutènement de terrasses, les murs de clôtures de parcelles, les murs d’épierrement.

TOURNELO : désignation d’une petite tour  cylindrique servant autrefois de point d’observation aux bergers sur les causses de Blandas et de Campestre (Gard).

Jacky Maurin